À propos du projet
À propos du projet « Vision démographique »
L’idée de constituer une base de données actualisée sur la situation démographique des pays développés a été conçue au début des années 1990 et revient à Alain Monnier, qui était à l'époque le directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED) et dirigeait l'unité de recherche sur la conjoncture démographique. Pendant de longues années, Alain Monnier avec ses collaborateurs et collaboratrices (notamment avec Catherine de Guibert-Lantoine) a préparé pour la revue Population les bilans annuels « La situation démographique dans les pays développés », rassemblant à cette fin les données nécessaires auprès de sources très diverses. Une telle base devait, selon lui, alléger le travail routinier de confection des tableaux statistiques et laisser davantage de temps à l’analyse et à l’interprétation des tendances observées.Plus tôt encore, dans les années 1980, l’éminent démographe et statisticien français Gérard Calot, alors directeur de l’INED, était parvenu à la conclusion qu’il fallait créer une base de données démographiques d’expertise, susceptible de servir à l’estimation des indicateurs et au suivi des tendances démographiques en Europe indépendamment des informations habituellement publiées par les instituts nationaux de statistique, dont la disponibilité dépend des moyens scientifiques et administratifs de ces instituts, et bien souvent aussi de la situation politique nationale. Avec un groupe de collègues de différents pays, Gérard Calot a créé le système d’information Club, qui calculait à partir de données primaires, et selon une méthode unique, les indicateurs de fécondité les plus fins pour différents pays. Ce système a ensuite été hérité et maintenu par l’Observatoire démographique européen (ODE), dirigé par Jean-Paul Sardon, qui a succédé en 2002 à son fondateur Gérard Calot. Malheureusement, après le départ à la retraite de J.-P. Sardon et la cessation des publications des rapports du Conseil de l'Europe sur la situation démographique des pays européens (sauf erreur de notre part, le dernier date de 2002), l'ODE s'est dissoute, et la base unique de données était pratiquement perdue.
Bien qu’existant dès l’origine sous forme électronique, la collection d’Alain Monnier, comme le système Club de Gérard Calot, demeurait inaccessible au large cercle des chercheurs et à la communauté scientifique, même si leurs auteurs partageaient volontiers leurs informations avec quiconque s’adressait à eux. Au seuil du 21e siècle, le développement des technologies de l’information et l’accessibilité large et sans cesse croissante d’Internet permettent d’ouvrir à tous de grandes bases de données ; les données démographiques ne sauraient faire exception. C’est pourquoi, collaborant activement avec l’INED dans les années 1990-2000, Alexandre Avdeev, professeur à l’Institut de démographie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et responsable du secteur de l’information du Centre d’études de la population de l’Université d’État Lomonossov de Moscou, a proposé d’élaborer un système d’informatique interactif ouvrant un accès libre des utilisateurs via Internet à une base de données continuellement mise à jour, dont le fonds est constitué par la collection d’Alain Monnier. L’architecture de la base a été conçue par Vladimir Pchenkine, du service informatique de la faculté d’économie de l’Université Lomonossov, et par A. Avdeev. La réalisation technique de l’ensemble du projet a été assurée par V. Pchenkine, avec le soutien de l’INED.
Sources, limites géographiques et chronologiques de la base
À l’origine, l’information réunie ici provenait pour l’essentiel de la collection d’Alain Monnier, elle-même issue de nombreuses publications d’instituts nationaux de statistique et d’organisations internationales telles que l’ONU et Eurostat. De nombreux indicateurs ont été fournis par Jean-Paul Sardon, directeur de l’Observatoire démographique européen ; les séries historiques ont été puisées dans des travaux spécialisés, dont les plus importants sont :- Henri Bunle, Le mouvement naturel de la population dans le monde de 1906 à 1936: données ressemblées et commentées, Éditions de l’INED, Collection : "Données statistiques", 1954, 541 pages.
- Fabienne Daguet, Un siècle de démographie française : structure et évolution de la population de 1901 à 1993, Paris : INSEE, 1995, 306 pages.
- Patrick Festy, La fécondité des pays occidentaux de 1870 à 1970, Éditions de l’INED, Collection : Cahiers de l'Ined, n°85, 1979, 400 pages.
- Thomas Frejka & Jean-Paul Sardon, Childbearing Trends and Prospects in Low-Fertility Countries: A Cohort Analysis, Dordrecht, Boston, London: Kluwer Academic Publishers, 2004, XVI, 423 pages. https://doi.org/10.1007/1-4020-2458-4
- Franz Rothenbacher, The European Population 1850–1945, Palgrave, 2002, xxvii, 846 pages.
Pour des raisons techniques, la plupart des données de la collection d’Alain Monnier ont été « anonymisées », c’est-à-dire que leur source n’était pas indiquée. La nouvelle version interactive permet non seulement de mentionner la source, mais aussi d’assortir les données de commentaires ; les nouvelles données seront donc annotées au fur et à mesure de l’enrichissement et de la révision de la base.
Historiquement, les systèmes d’enregistrement continu et périodique du mouvement de la population se sont constitués dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord qui relèvent aujourd’hui de la catégorie des pays « développés » : c’est ce qui détermine les limites géographiques de la base. Les recensements périodiques remontent au début du XIXe siècle, mais leur méthodologie ne s’est fixée qu’au milieu de ce siècle, en même temps que se mettaient en place des systèmes efficaces d’état civil. Au milieu du siècle dernier, ces systèmes d’enregistrement périodique et continu étaient devenus plus ou moins uniformes dans l’ensemble des pays européens ; ce n’est toutefois qu’à partir du début des années 1950 que l’on peut comparer avec assurance les données de tous les pays développés. C’est pourquoi la plupart des indicateurs présentés ici se rapportent à la période postérieure à 1950. Néanmoins, l’essor des recherches sur l’histoire de la population des pays européens au cours des dernières décennies permet d’enrichir la base et d’en repousser peu à peu les limites historiques.
La base est de nature historique et contient des informations sur la population d’États aujourd’hui disparus de la carte politique de l’Europe : la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la République fédérale d’Allemagne, la République démocratique allemande et l’Union des républiques socialistes soviétiques. On y trouve également des informations sur des territoires particuliers qui ne constituent pas des entités étatiques universellement reconnues, tels le Kosovo ou la Voïvodine dans l’ex-Yougoslavie. La liste complète des territoires pour lesquels une information, si mince soit-elle, est disponible peut être consultée au moyen du système dit des requêtes « non structurées ».
Depuis 2006, la base est développée et maintenue par A. Avdeev, qui y a intégré de nombreuses données jusque-là inconnues portant sur la période ouverte au début du XXe siècle. Cela a été rendu possible par l’essor des recherches en démographie historique dans les pays de l’Union européenne.